Egalité, de quelle égalite parlons-nous ?

T:. S:. et vous tous, mes TT:. CC:. FF:. Elus,

Nous autres, Francs-Maçons du Grand-Orient de France, sommes tous viscéralement attachés au principe d’égalité, deuxième pilier du triptyque républicain sacré qui constitue la devise emblématique de notre Ordre comme celle de notre République, et qui est pour beaucoup dans l’image de la France à travers le Monde, depuis la Révolution Française, symbole vivant de son génie et de son Histoire.

Cependant, comme c’est souvent le cas des sentences inscrites aux frontispices des édifices publics, le concept d’égalité est aujourd’hui davantage admis et même vénéré que compris et défini et, au travers des modes, des évolutions politiques, historiques et de celles des idées, on assiste à une utilisation tellement diverse, parfois fantasque et orientée ou franchement impropre du concept d’égalité, de bonne ou de moins bonne foi, que l’on frise souvent le contresens.

En réalité, tout le monde parle d’égalité mais beaucoup en ont oublié le sens, ou plus exactement chacun lui donne un sens différent, ce qui a pour conséquence de rendre les échanges d’idées plus difficiles, puisque on ne sait plus vraiment de quoi on parle…

Or nous, Francs-Maçons, voués à la recherche de la vérité et donc, entre autres, à la signification précise des choses, en particulier en matière d’idéal républicain, nous ne pouvons faire l’économie de préciser ces points pour contribuer à la lumière dans les esprits et permettre, à nous comme aux autres, une réflexion plus féconde puisque appuyée sur des fondements précis.

Lorsque nous parlons d’égalité, au sens où est utilisé ce mot au sein de la devise républicaine, c’est bien du principe d’égalité politique dont nous parlons. Celui-ci a triomphé, au siècle des lumières qui nous est si cher, de l’ancien régime préexistant, fondé sur l’inégalité des droits entre les trois ordres ( noblesse, clergé et tiers-état ), par la Révolution et sous l’influence de nombreux hommes de pensée parmi lesquels d’illustres Frères comme Montesquieu…

Le principe d’égalité se fonde sur l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 qui est toujours et encore, le texte le plus sacré de toute notre législation puisqu’il constitue le préambule de la Constitution de la République. Je cite : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ». Plus loin, le texte précise : « Tous les Citoyens étant égaux à ses yeux sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité et sans autre distinction que celles de leurs vertus et de leurs talents ».

Même si la Déclaration de 1789 précède la République, dans notre Pays, celle-ci éclaire ce qu’est l’égalité, au sens républicain du terme : c’est l’égalité des droits entre les hommes et entre les citoyens, cette catégorie jouissant, d’ailleurs, de droits supplémentaires liés à la citoyenneté.

Le texte reconnait donc l’existence de distinctions sociales, fondées sur la vertu et le talent, comme ne nuisant pas, bien au contraire, au principe d’égalité. On peut interpréter cela comme la reconnaissance du travail et du talent de chacun, générateur de différences de situation, elles-mêmes justes et d’intérêt général puisque contribuant à fonder et à perpétuer des élites républicaines, dont la société a besoin.

L’égalité politique, au sens de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, texte sacré de la République, c’est donc l’égalité des droits et la distinction par le talent et le travail.

Sur le plan historique, il faut préciser que le triptyque Liberté Egalité Fraternité a été adopté officiellement, comme devise, par la deuxième République, en 1848, avant d’être supprimée par le second empire et restaurée par la troisième république en 1880. Elle n’a depuis été remise en cause que par le sinistre régime de Vichy qui lui avait substitué un autre triptyque, devenu funeste : Travail Famille Patrie.

Par la suite, en 1946, le préambule de la constitution de la quatrième République, intégré lui aussi au préambule de notre Constitution d’aujourd’hui, a élargi le concept d’égalité politique par la phrase suivante : « La nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture. ». Puis, en 1948, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, fondement de l’ONU, dont notre Pays est membre fondateur, et membre permanent du Conseil de sécurité, a établi, en son article premier, je cite : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ».

On peut donc aujourd’hui, définir l’égalité politique ou égalité républicaine comme l’égalité des droits, l’égalité de la dignité et l’égalité des chances.

Toutefois, d’autres notions, souvent idéologiques, sont venues parasiter ce concept d’égalité politique. Une forme d’égalitarisme, issue de la culture marxiste très influente en France après la seconde guerre mondiale, particulièrement dans les milieux intellectuels comme celui de l’enseignement a contribué à déformer le concept d’égalité. Ensuite, c’est Mai 68 qui a influencé ces mêmes milieux de sa culture plus ou moins Maoïste, nous étions à l’époque de la sinistre « révolution culturelle » chinoise.

Sous ces influences, on a fait progressivement glisser le sens de l’égalité vers l’égalité des situations sociales, alors même que la déclaration de 1789, on l’a vu, reconnait les distinctions sociales fondées sur le talent et la vertu comme d’utilité collective. Au fond, sans que l’égalitarisme ne progresse en France, on a pourtant substitué, dans ce que les sociologues appellent le « sens commun », le concept d’égalitarisme à celui d’égalité en conférant à celle-là le sens de celui-ci. Comme souvent dans notre Pays, le changement dans les mots a masqué l’absence de changement des réalités… sans que l’on doive, d’ailleurs, en l’occurrence, forcément le regretter !

C’est tellement vrai que, cherchant à retrouver le vrai sens de l’égalité politique ou républicaine, face au dévoiement du mot égalité, on en est venu à mettre en avant le mot « équité », celui-ci n’exprimant en réalité pas autre chose que le concept d’égalité politique, celui dont nous parlons quand nous faisons référence à notre devise sacrée : Liberté Egalité Fraternité. En vérité, il est grand temps d’en revenir à la vraie signification de l’égalité républicaine !

En conclusion de ce court tracé, il ne m’échappe pas que celui-ci peut apparaitre comme restrictif voire frustrant pour certains. Comment le combat pour l’égalité ne concernerait-il que l’égalité des droits, de la dignité et des chances, laissant de côté toutes les différences issues des conséquences de la distinction entre les talents et vertus individuels.

Je répondrais volontiers que, outre la nécessité, toujours présente, de constituer et perpétuer des élites républicaines, issues de la reconnaissance du talent et du travail, le combat pour l’égalité des droits, des chances et de la dignité humaine est loin d’être une cause achevée et acquise… C’est un combat permanent, dans les principes comme dans les aspects pragmatiques, quotidiens, il nécessite nos efforts vigoureux et constants pour améliorer notre Société, la rendre plus humaine et donc républicaine, au plein sens de ce terme.

Sur le plan symbolique, enfin, usons de notre niveau, symbole d’égalité, pour niveler les droits, la dignité et les chances par le haut et jamais par le bas !

J’ai dit, Très Sage.

Bertrand SAB:.